

2010
••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
Un peintre ça n'est jamais en vacances. Mais ça ne transporte pas pour autant des kilomètres de papier et des kilos de peinture. Adepte de la marche à pied et du sac à dos, Paul se souvient d'expériences cuisantes.
« Le premier voyage, j'avais une tente. Des chaussures trop petites. Et pas de chaussettes ! Bref, j'ai souffert. Aujourd'hui, je réduis au maximum et je transporte le minimum. À l'atelier, j'ai tout, mais finalement quand tu n'as pas le confort matériel tu travailles aussi bien. Quand je voyage, je travaille en noir et blanc. J'emporte des feutres. »
L'amour de la brousse
Finalement, « j'ai le même matos que l'écrivain. Plus léger, c'est le danseur qui, lui, n'a besoin de rien. Quand tu sais que tu as moins de moyens, tu te prépares à changer de façon de faire. On trouve de la peinture partout. À Mada, tu prends un peu de terre rouge et à ce moment-là tu fais des monochromes. Si je peux, je prends une petite boîte d'aquarelle. »
Paul Bloas aime la brousse. Avec tout ce que cela comporte : le soleil qui cogne, le manque d'eau, le terrain peu praticable. Et le respect de ceux qui vivent là avec pas grand-chose.
« Je garde toujours de la place pour des médocs que je donne. C'est la coutume. Ensuite, quand je peins, je coupe des feuilles de cactus qui contiennent de l'eau et la purée de banane par exemple, c'est parfait pour coller le papier. Savoir faire avec peu de choses, c'est une bonne philosophie et ça apprend à être indépendant. Et surtout disponible pour les autres. »
Même si Paul Bloas expose dans les villes, l'agitation urbaine ne l'intéresse pas. Les rencontres, il les aime dans les arrière-pays, et dans les transports en commun comme le Greyhound américain qu'il avait emprunté pour une traversée des États-Unis.« Partir, c'est se mettre en position d'éponge et accepter une certaine fragilité
quand on sort de son cadre. Et dessiner c'est vraiment un super-médium de com-munication. Faut savoir dessiner de façon académique, très vite. Je veux boire un café, je dessine une tasse ! Tu te caricatures toi-même avec de l'hu-mour et le regard des autres est différent. Dans les ruines de Beyrouth en 94, je dessinais, c'est diffé-rent de filmer ou de photographier. Tu ex-primes une idée que l'autre peut voir très vite. »
Paul, qui a beaucoup d'amis musiciens, ne part pas sans musique. « C'est hyperimportant. Avant, les CD, tout ça, oh la la, c'était compliqué. L'i-pod, c'est génial. Je prends aussi une petite caméra et un appareil photo. Je pars avec un livre sur Giacometti. Ou L'Intranquille de Gérard Garrouste. Ou La boucle du Niger, de Paul Bowles, avec des dessins de Barcelo. Et je reviendrai avec des citrons ou des ustensiles de cuisine pour retrouver l'esprit de mes vacances chez moi à Brest. »
Paul BLOAS: « J'ai le même matos que l'écrivain et un i-pod »

Transporter de quoi peindre un personnage de 3,50 sur 1,60 m, ce n'est pas possible dans un sac à dos. ( photo: OUEST - FRANCE )
Article OUEST-FRANCE: